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Publié le 16/01/2026
Antoine Lalouf auriez-vous réussi à étirer l’espace-temps ? Comment logez-vous tout ce que vous faite dans une journée de 24 heures ?!
Antoine Lalouf (en riant) : C’est une question d’organisation ! Je m’appuie sur une équipe compétente, et je me forme en continu – notamment via le programme « Dirigeants de demain » du Comité national olympique et sportif français. Mais oui, il faut parfois sacrifier sa vie privée…
Vous avez décidé de mettre l’inclusion au cœur de votre événement, le Meeting International de Nantes, programmé vendredi 23 janvier prochain. Pourquoi, comment ?
Antoine Lalouf : Je n’ai pas inventé le meeting de Nantes, c’est la 12ᵉ édition cette année. Je l’ai repris dans un contexte compliqué. Je suis devenu président du Nantes Métropole Athlétisme en octobre 2024, puis j’ai endossé le rôle de directeur du meeting en décembre, soit un mois avant l’événement. En équipe, on a repris ce qui était déjà en cours et cela s’est très bien déroulée, ce qui nous a permis d’être très bien classés au niveau mondial. Après avoir pris soin de l’héritage, il fallait aller plus loin en 2026, transformer.
Par quoi passait cette transformation ?
Antoine Lalouf : Au soir de l’édition 2025, il a fallu penser vite, décider vite, agir efficacement. Je voulais placer dès 2026 notre événement sous le signe de l’inclusion. Avoir sur les lignes de départ et les sautoirs des athlètes ayant participé aux Jeux Olympiques, bien sûr, mais il était pour moi tout aussi essentiel d’avoir à leurs côtés des athlètes ayant participé aux Jeux Paralympiques, et en plaçant leurs épreuves bien au cœur du programme. L’autre idée, c’était de proposer un « meeting spectacle ». Parce que les épreuves d’athlétisme, seules, ne suffisent plus à attirer les partenaires sur l’affiche et les familles dans les tribunes. On a donc décidé de le programmer en soirée, contrairement aux éditions précédentes qui avaient lieu l’après-midi. Et, pour la première fois, on a installé des rails lumineux de 12 mètres au plafond du stadium – le Stadium Métropolitain Pierre-Quinon est un stade couvert – pour créer une ambiance chaude et spectaculaire. Le succès de la billetterie nous a montré que c’était de bonnes décisions.
Le Stadium va être plein ?
Antoine Lalouf : Le Stadium peut accueillir 1 500 personnes. On table sur 1 000 spectateurs payants. Le reste des places est réservé aux athlètes, à leurs invités, aux partenaires, aux officiels. Nous avons aussi un espace VIP qui permets aux uns et aux autres de se rencontrer. Les partenaires, les invités, les institutionnels, apprécient de pourvoir faire connaissance et échanger. Des liens se créent grâce à nous. Nous devenons un lieu de « réseautage », des contacts s’amorcent, des affaires s’y naissent… C’est aussi pour nous le moyen d’inscrire notre meeting dans un projet plus global.
Le meeting n’est qu’un moment de votre calendrier ?
Antoine Lalouf : Un meeting comme le nôtre ne peut pas vivre seul. En revanche, on peut l’inscrire dans un calendrier d’événements protéiformes. Notre idée est de promouvoir le concept de « longévité sportive » et d’inciter les entreprises à s’engager. On travaille aussi sur la deuxième édition de l’Ekiden de Nantes, un marathon en relais. Pour la première édition, on a eu 112 équipes, soit plus de 700 participants. L’objectif cette année est de doubler ce nombre et d’inclure davantage les entreprises. Nous avons aussi plein de projets post-meeting, comme des footings préparatoires au Marathon de Nantes ou à l’Ekiden, en collaboration avec nos entreprises partenaires.
Pour revenir sur l’identité para-athlétiques du meeting, cela impose-t-il de nouvelles contraintes horaires et logistiques ?
Antoine Lalouf : Il faut juste en faire un point majeur d’organisation. Je suis bien entouré pour cela, notamment par Bernard Rolland, juge international et membre du club. Il a officié sur beaucoup d’épreuves, notamment aux Jeux de 2024, il a une énorme expérience. C’est lui qui a établi les horaires et qui gère toute la partie réglementaire. Grâce à lui, on va respecter les timings à la minute près. On a réduit le nombre d’épreuves internationales de 10 à 8 pour des raisons budgétaires, comme d’autres meetings l’ont fait. Notre programme commence à 19 heures et se termine à 22h30 et on a simplement mieux organisé les horaires : par exemple, après le 60 mètres valide, on enchaîne avec le 60 mètres handisport, puis le 400 mètres régional, le 400 mètres handisport, et ainsi de suite. Les concours (perche, longueur) se déroulent en parallèle, ce qui fluidifie le programme. C’est contrôlé et bien géré ! Quant au Stadium Métropolitain Pierre-Quinon, inauguré en 2013, il est aux normes d’accessibilité ; donc il n’y a pas de contraintes supplémentaires.
Comment les para-athlètes réagissent-ils à cette intégration de leurs disciplines au cœur d’un grand meeting et non plus avant ou après les autres épreuves du programme comme c'est le cas ailleurs, ce qui est une nouvelle philosophie ?
Antoine Lalouf : Cette année, un circuit national de meetings handisports a été mis en place, nous en sommes le premier rendez-vous. C’est inédit en France. Les athlètes sont ravis de cette initiative. Pour nous, comme pour chaque organisateur, c’est le fruit d’un long processus de préparation, s’appuyant sur les bonnes personnes, les bonnes compétences, au bon moment, géré avec beaucoup de communication et de transparence. Avant le meeting, on a organisé plusieurs visio-conférences avec la Fédération française handisport pour définir les modalités – les épreuves, leur placement dans le programme, mais aussi les primes que nous pouvions proposer aux athlètes. Il faut savoir que dans le règlement d’European Athletics, il n’y a aucune mention des handisports, donc les organisateurs sont libres de fixer eux-mêmes les montants. Nous, on a décidé de valoriser ces athlètes avec des primes importantes. Une fois ces conditions arrêtées, la Fédération handisport a directement contacté les athlètes pour leur proposer de participer. Les réponses ont été évidemment très positives, à la hauteur de l’attention que nous leur portons.
Est-ce que certains partenaires se sont engagés parce que vous avez mis l’accent sur l’inclusion ?
Antoine Lalouf : Pour certains, cet aspect a été un facteur clef de décision. Pour le Crédit Mutuel par exemple, qui accompagne beaucoup les initiatives d’inclusion, les athlètes para, qui porte les valeurs que nous avons mis en avant à travers notre initiative, c’est évidemment un argument majeur. Quand on partage les mêmes élans, quand on s’inscrit dans la même dynamique, il est plus facile, voire logique, d’avancer ensemble.
Vous portez des valeurs très fortes, c’est un enrichissement pour votre club qui en possédait d’autres mais ne les abandonne pas !
Antoine Lalouf : Historiquement, le club était axé sur le haut niveau. Moi, j’apporte au Nantes Métropole Athlétisme une dimension sociale et éducative en poussant des initiatives qui ne se substituent pas aux autres mais, au contraire, nous enrichissent : lutter contre la sédentarité, intervenir dans les écoles, accompagner mentalement les athlètes. On a par exemple créé un groupe de marche pour des personnes ayant surmonté un cancer. Le sport, c’est avant tout un lien social et un bien-être mental. On a d’ailleurs fait intervenir un préparateur mental avant les Interclubs et ça a été très apprécié. Je crois profondément en l’engagement social, éducatif, presque sanitaire, en plus du rôle sportif « historique » du Nantes Métropole Athlétisme.
A quelques jours du Meeting International de Nantes 2026, vous projetez-vous déjà sur 2027 ?
Antoine Lalouf : Le principal défi reste le budget. Les aides publiques diminuent, donc on doit trouver des financements privés. On organise des événements comme les Foulées de la Tech, en partenariat avec la French Tech, pour générer des revenus. L’idée est de créer des événements qui transmettent des valeurs partagées avec nos partenaires : éco-responsabilité, inclusion, santé. Le meeting seul n’est pas rentable, mais il est indispensable pour la visibilité du club. Ce sont les autres événements, comme l’Ekiden ou les Foulées de la Tech, qui nous permettent de financer nos actions. En attendant, venez au meeting ! Découvrez le travail de nos bénévoles – voire rejoignez-nous dans le futur, vibrez pour nos athlètes et soutenez cette vision d’un sport ouvert, spectaculaire et solidaire. C’est le plus bel encouragement à continuer et à accentuer notre action que vous pouvez nous adresser !