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Publié le 24/01/2026
Par la rudesse de la navigation dans le Pacifique et le match que se sont livrés le Class40 Crédit Mutuel et Belgium Ocean Racing–Curium jusqu’aux derniers instants, la 4e étape de la Globe40 avait déjà tout pour prendre sa place dans l’histoire de la course au large. Mais si cette étape restera un moment exceptionnel, c’est parce qu’il a été impossible de déterminer avec certitude l’écart entre les deux bateaux qui ont coupé quasiment dans le même temps la ligne d’arrivée virtuelle. Après 21 jours, 20 heures et 5 minutes de course et 7.000 milles dans le Pacifique, Crédit Mutuel et Belgium Ocean Racing–Curium sont déclarés ex-aequo. Une première !
La 4e étape de la 2e Globe40 était déjà bien partie pour se faire sa petite place dans la légende de la course au large : 6.228 milles théoriques à parcourir dans l’océan Pacifique, dont deux longues semaines à naviguer au plus près des Cinquantièmes Hurlants, à sentir les trains de dépressions pousser les hommes et les bateaux dans le dos, à les contraindre à courber l’échine dans des vents très souvent à plus de 30 nœuds et dans une longue houle hachée par le clapot. Cette transpacifique valait déjà une mention spéciale ! Pour Antoine Carpentier, ce ne fut « pas pacifique. On a quand même eu des moments un peu de guerre. À un ou deux moments, je me suis dit que si le vent montait comme sur les fichiers météo, là, je ne savais pas trop comment on allait faire. Il y a eu deux, trois jours qui ont été bien, bien compliqués... ». S’il reconnaît la rudesse de l’effort, Alan Roberts, lui, était ravi de s’être frotté « aux mers du Sud, et j’ai envie d’y revenir. C’est l’objectif et je suis vraiment heureux d’avoir eu cette chance ! ».
L’étape prit encore de l’ampleur durant la remontée vers Valparaiso lorsque, profitant d’une zone anticyclonique qui freina en premier Belgium Ocean Racing–Curium, confortable leader doté un temps de 77 milles d’avance, le Class40 Crédit Mutuel se rapprocha de son rival jusqu’à 1,4 milles. « La météo a fait aussi que ça s 'est resserré comme ça », explique Antoine Carpentier, « Ça arrive souvent dans les courses : soit on dit que l'élastique se tend, soit il casse. Là, il s'est tendu, puis redétendu, et on est revenu sur eux. Ce qui fait une arrivée au coude-à-coude, complètement improbable ! ».
Elle bascula dans le surréel lorsque, une fois entré dans la baie de Valparaiso, le vent s’effaça. Glissant mieux que leurs concurrents, les ingénieux Antoine Carpentier et Alan Roberts réussirent le prodige de revenir bord à bord avec Benoît Hantzperg et Djemila Tassin. Aux deux bateaux, il fallut plus de 1h30 pour parcourir les 300 derniers mètres qui les séparaient de la ligne d’arrivée virtuelle. « Là, on les voit à moins d’un mille », raconte Alan Roberts au ponton, jeudi soir, « On se dit que c’est le moment de passer à l’attaque en faisant un truc différent. On met en place un petit plan pour faire le tour de la molle. Je pense franchement qu’on a hyper bien navigué en restant très dynamiques sur l’eau avec les réglages et les choix de voile… et ça a payé parce que je pense qu’on a croisé la ligne en premier, et c’est ce qu’ils ont pensé aussi ».
Sur la ligne, les deux bateaux bord à bord, l’incertitude règne. Antoine Carpentier raconte : « On ne se parle pas trop, mais Benoît et Djemila font un petit selfie avec nous juste derrière eux. Quand nous pensons que nous avons coupé la ligne, on les prévient. Eux nous disent qu’ils ne l’ont pas encore coupée ; je leur dis qu’ils ont peut-être un problème de précision de leurs points virtuels. Dans ces circonstances, c’est hyper compliqué de départager deux bateaux au mètre-près… ».
Il faudra alors 24 heures pour tenter de déterminer un vainqueur. Et il n’y aura pas un, mais deux vainqueurs. Présent à Valparaiso pour accueillir son bateau et son équipage, et puis finalement pour s’investir à plein dans la tentative de détermination de l’ordre d’arrivée, Ian Lipinski raconte ces 24 heures folles à l’issue desquelles a été prise la décision unique dans l’histoire de la course au large de déclarer deux bateaux ex-aequo. Tout commence par les éléments de contexte : « En théorie, c’est l’avant du bateau qui détermine le classement. Comme cela arrive parfois, il n 'y avait pas de ligne mouillée ni de comité sur l 'eau. On ne savait pas qui avait coupé la ligne ; un système de tracking mettait le bateau aux couleurs de la Belgique en tête, mais ce n’était pas clair. La journée qui a suivi a forcément été un peu tendue, chacun cherchant à défendre son point de vue ».
Après 24 heures de travail, la direction de course officialisera la décision : « Le comité de course FFV de la Globe40 publie sa décision relative à l’arrivée de l’étape 4 : les deux équipes, Belgium Ocean Racing–Curium et Crédit Mutuel sont déclarées ex-aequo. Après enquête technique, des résultats contraires des analyses cartographiques Adrena et du système de balise Yellow Brick ne permettent pas d’obtenir un résultat incontestable ».
Pour la première fois en course au large, il y a donc non pas un, mais deux vainqueurs. Au classement général, les positions sont figées : à deux étapes de la fin de la Globe 40, Belgium Ocean Racing–Curium reste leader avec trois points d’avance sur Crédit Mutuel.
Daniel Baal, président de Crédit Mutuel Alliance Fédérale :
« Quelle course ! Après près de 22 jours de navigation et près de 7.000 milles, l’écart est si réduit qu’il a amené le jury à classer le Class40 Crédit Mutuel et son concurrent belge 1ers ex-aequo. C’est complètement incroyable et inédit ! Les bateaux engagés sur la Globe 40 auront livré un scénario digne des meilleurs films à suspens. Nous en sommes fiers et félicitons très chaleureusement Antoine Carpentier et Alan Roberts. Ils démontrent que malgré l'adversité, il faut savoir garder le cap, faire fi des pronostics, et continuer inlassablement à développer sa stratégie. Un bel exemple de résilience et de combativité que nous donne la voile et le team skipper Crédit Mutuel. L’histoire est belle et la suite, victorieuse, est à écrire par Ian Lipinski et Antoine Carpentier. Nous les accueillerons en héros à Lorient au mois d’avril ».
Eric Petitgand, directeur général de Crédit Mutuel Alliance Fédérale :
« C'est un fort sentiment de fierté qu’ont partagé les 150 cadres dirigeants de notre groupe rassemblés cette fin de semaine au Bischenberg, en Alsace. Malgré la distance nous séparant de Valparaiso au Chili, nous avons parfaitement ressenti l'intensité de cette lutte pour la victoire. Avec une issue positive et une victoire ex-aequo qui traduit l'esprit même de notre engagement au quotidien pour nos clients sociétaires et pour l'économie de nos territoires. Bravo à Antoine, Alan, ... et Ian bien sûr. Sincères félicitations également à l’équipage de Curium pour ce final époustouflant ! ».