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Jeux de Tokyo en 2021, médaille d’or ; Jeux de Paris en 2024, médaille d’or. Quels sont les facteurs des excellents résultats de l’Equipe de France masculine de Volley ?
Éric Tanguy : La réponse est simple, presque évidente : le travail. Rien ne remplace l’excellence du travail, celui fourni par nos cadres techniques, nos équipes-support, nos joueurs, et toute une fédération mobilisée autour de ces objectifs de performance. Ce projet s’est inscrit sur un temps long, avec une vision stratégique qui dépasse les cycles olympiques. Tokyo était une étape, Paris une autre, majeure évidemment. Mais il s’agit d’une ambition structurelle, qui nous a imposé un engagement quotidien, une rigueur sans faille, et une volonté collective de hisser le volley français au plus haut niveau. Et nous poursuivons cet effort. Mais attention, le travail seul ne suffit pas. Il faut aussi savoir innover, faire évoluer les méthodes. Que ce soit dans la détection des talents, l’entraînement, ou la gestion des collectifs, nous avons su intensifier et adapter nos approches. Le sport de haut niveau est un éternel recommencement : ce qui fonctionnait hier ne garantit pas les succès de demain !
Avez-vous impulsé de nouvelles méthodes ou fait évoluer celles existantes ?
Éric Tanguy : Nous n’avons pas révolutionné le volley, mais nous avons profondément modernisé notre approche, en particulier en y dédiant plus de ressources. Par exemple, nos équipes de France sont désormais accompagnées par deux kinésithérapeutes lors des grandes compétitions, contre un seul auparavant. Chaque équipe dispose aussi d’un préparateur mental, un atout majeur pour gérer la pression et optimiser les performances individuelles comme collectives. Nous avons également amélioré la qualité des stages, des matchs amicaux et, plus globalement, les conditions de préparation. Chacun de ces ajustements porte sa part d’impact sur la cohésion et la performance de nos équipes.
Y a-t-il un vivier de jeunes joueurs qui n’existait pas auparavant ?
Éric Tanguy : Cela s’inscrit dans la dynamique générale. Nos équipes jeunes sont aujourd’hui parmi les meilleures au monde : doubles champions du monde U19, plusieurs médailles européennes l’an dernier. Ces résultats démontrent que notre vivier est à la fois réel mais aussi prometteur. Nous avons structuré et intensifié notre action sur une filière de formation qui permet de détecter, former et accompagner les talents dès leur plus jeune âge. Ce travail porte ses fruits : nos jeunes joueurs intègrent progressivement l’équipe senior, assurant ainsi une relève de qualité. Les anciens, eux, ont pour mission d’intégrer ces jeunes. Un fonctionnement intergénérationnel, dynamique, efficace. Une transmission, gage de cohésion et de continuité de l’esprit et de la performance.
L’équipe de France féminine accuse un retard de résultats par rapport à l’équipe masculine. Pourquoi ?
Éric Tanguy : Il ne s’agit pas d’un plafond de verre, mais d’un phénomène historique. En 2016, l’équipe féminine était classée 56e mondiale. Aujourd’hui, elle est 13e, et cette progression est le fruit d’un projet ambitieux, Génération 2024, lancé en 2016. Nous avons appliqué les mêmes méthodes que pour les hommes : moyens équivalents, encadrement renforcé, et une structuration rigoureuse. Les résultats sont là : participation historique au Championnat du monde 2025, quart de finale, et une victoire symbolique contre la Chine, alors numéro un mondial. Le beach volley féminin progresse également, avec une médaille d’argent européenne cette année.
Avez-vous assez de talents pour alimenter à la fois le volley et le beach volley ?
Éric Tanguy : Avec 250 000 licenciés, la base est solide. La concurrence pour les athlètes de grand gabarit est réelle, mais le volley offre désormais des perspectives de carrière sportive attractives. Nos joueurs évoluent dans les meilleurs championnats mondiaux, avec des salaires compétitifs. Nous avons les ressources pour nourrir nos deux disciplines, et nous continuons à développer des passerelles entre elles.
Pourquoi avoir intégré les para-athlètes au sein de la fédération ?
Éric Tanguy : Parce que notre slogan est « la fédération de tous les volleys ». C’est notre mot d’ordre. Nous avons repris la délégation du volley assis, une discipline paralympique qui ne se développait pas au sein de la Fédération handisport. Nous avons structuré des championnats inclusifs dans lesquels valides et handicapés jouent ensemble. Nous aussi formé des classificateurs et des cadres techniques spécialisés. Un partenaire, Accuracy, nous soutient spécifiquement sur ce projet, ce qui démontre l’attrait et la légitimité de notre démarche.
Quels sont vos objectifs pour le para-volley ?
Éric Tanguy : Nos objectifs sont à la fois sportifs et sociaux. Sur le plan sportif, nous visons une qualification pour les Jeux Paralympiques de 2028. Sur le plan social, nous travaillons à élargir la base de pratiquants, en convainquant les clubs d’ouvrir des sections dédiées. Le volley assis, par exemple, est un outil d’initiation exceptionnel, accessible à tous, qui accueille et séduit toutes les personnes qui veulent s’initier au volley. En situation de handicap ou pas. C’est un sport qui rassemble, qui inclut, et qui offre une expérience unique.
Beaucoup de sport, individuels comme collectifs, font évoluer leurs règles pour rendre leur pratique plus attractive, plus spectaculaire. Quelles évolutions des règles envisagez-vous pour le volley ?
Éric Tanguy : Je milite pour des sets raccourcis à 21 points, comme en beach volley. Cette modification permettrait d’intensifier le spectacle et de réduire la durée des matchs, tout en conservant l’équilibre compétitif. Le ballon, déjà alourdi pour limiter la vitesse, et le système de comptage des points – on marque sur son service comme sur celui de l’adversaire – ont déjà modernisé le jeu. Nous devons continuer à innover pour rester attractifs.
Comment conciliez-vous quête de performance sportive, succès des événements, et responsabilité environnementale ?
Éric Tanguy : C’est une préoccupation majeure. Dans nos championnats nationaux, nous avons réduit de 15 % les déplacements des équipes en optimisant les poules. Au sein des équipes, nous avons banni les bouteilles plastiques au profit de gourdes et généralisé les éco-cups dans les buvettes publiques. Chaque geste compte : tri des déchets, préservation des sites extérieurs, sensibilisation du public,… Nous avons aussi lancé un programme pour inciter les spectateurs à recycler leurs éco-cups, avec des récompenses comme des maillots ou des lots offerts par nos partenaires lorsqu’il la ramène.
Quel rôle jouent les bénévoles dans votre fédération ?
Éric Tanguy : Les bénévoles sont indispensables. Le bénévolat ponctuel, lors des compétitions ou des événements, attire toujours autant, énormément. En revanche, le bénévolat long terme se raréfie. Or, pour ne parler que du niveau fédéral, nous avons besoin d’eux, c’est crucial. La fédération ne fonctionnerait pas sans le temps, l’énergie et la compétence qu’ils offrent. Nous leur ouvrons donc les bras, nous faisons la promotion de ce que nous offrons. Pour le faire, nous misons sur l’engouement pour les grands événements, comme les Volleyades, qui révèlent chaque année de jeunes talents et fédèrent les passionnés. C’est parmi ces passionnés, de tous âge, que se trouvent les bénévoles de demain !
Quels sont vos objectifs jusqu’à Los Angeles 2028 ?
Éric Tanguy : Maintenir notre niveau chez les hommes, entrer dans le top 10 mondial chez les femmes, et viser une médaille en beach volley. Pour y parvenir, la qualification olympique reste notre priorité absolue. Elle se gagnera sur le terrain, match après match, avec une détermination sans faille.
Quelle valeur le volley porte-t-il que d’autres sports collectifs ne transmettent pas ?
Éric Tanguy : Le volley est le plus collectif des sports collectifs. Au volley, on ne gagne jamais seul : chaque point dépend de la réception, de la passe, de l’attaque. Cette interdépendance forge des valeurs de solidarité, d’humilité et de respect. C’est un sport où l’individualisme n’a aucune place, où la réussite est toujours le fruit d’un effort commun, d’une symbiose humaine.
Que vous apporte le Crédit Mutuel, partenaire historique de la Fédération ?
Éric Tanguy : Plus qu’un soutien financier, nous partageons avec le Crédit Mutuel une communauté de valeurs. Leur engagement remonte à 20 ans, quand ils nous ont aidés à acquérir notre siège social. Aujourd’hui, ils nous accompagnent globalement, soutiennent nos projets, en particulier ceux dédiés aux jeunes, comme les Volleyades, où se révèle l’avenir du volley français. Le soutien du Crédit Mutuel est à la fois symbolique et concret. Il reflète une vision partagée du sport et de ses valeurs.