Chrystel Bernou : « Para-Volley, pour les valides aussi ! »

Chrystel Bernou est Directrice de la Performance Para-Volley à la Fédération Française de Volley, discipline accompagnée par le Crédit Mutuel et Accuracy. Son objectif : conduire les Équipes de France de Volley Assis et de Volley Sourd féminines et masculines au plus haut niveau mondial et attirer toujours plus de pratiquants, notamment des valides. Entretien avec une femme de défis.

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Publié aujourd'hui

Chrystel Bernou portant la coupe de la victoire de l'Equipe de France Féminine de Volley Assis à Prague à l'occasion de la Silver Nations League dimanche 5 octobre 2025 (cprght archives FFVolley_Chrystel Bernou).
L'Equipe de France masculine de Volley Assis lors de Silver Nations League en juin 2025 à Caen (cprght FFVolley)
L'Equipe de France Féminine de Volley Assis à Prague à l'occasion de la Silver Nations League 2025 (cprght archives FFVolley_Chrystel Bernou).
L'Equipe de France Masculine de Volley Assis lors de la Coupe du monde 2025 aux Etats-Unis (cprght archives FFVolley_Chrystel Bernou).
L'Equipe de France Masculine de Volley Sourd à Tokyo lors des Deaflympics 2025 (cprght archives FFVolley_Chrystel Bernou).
L'Equipe de France Féminine de Volley Sourd en stage au CREPS de Vichy (cprght archives FFVolley_Chrystel Bernou).
Un match amical de l'Equipe de France Féminine de Volley Sourd (cprght archives FFVolley_Chrystel Bernou).

Chrystel Bernou, vous êtes à la tête du projet Para-Volley depuis dix ans. Comment résumeriez-vous l’esprit de cette aventure au service de deux disciplines, le Volley Sourd et le Volley Assis ?

Chrystel Bernou : Le Para-Volley, c’est avant tout une histoire d’inclusion et de passion. Nous développons deux disciplines distinctes : le Volley Sourd, réservé aux personnes sourdes et malentendantes, et le Volley Assis, ouvert à tous mais ciblant les personnes en situation de handicap physique ou moteur. Chacune a ses règles, ses défis et, surtout, sa propre philosophie. Le Volley Sourd est une affaire de communauté, tandis que le Volley Assis incarne le sport inclusif par excellence. Notre objectif ? Permettre à chacun de s’épanouir, quelles que soient ses particularités singularités.

Commençons par le Volley Sourd, qu’est-ce qui le distingue du volley classique ?

Chrystel Bernou : Les règles sont presque identiques, à quelques adaptations près. Les joueurs ne portent aucun appareil auditif en compétition – la perte auditive minimale doit être de 55 dB à la meilleure oreille pour être éligible à l’international. Pour compenser l’absence de son, l’arbitre utilise des signaux visuels, en particulier des gestes comme au volley et éventuellement d’adaptation spécifique comme le « secouer de filet » pour arrêter un échange. C’est un sport où la communication non verbale est reine. Les joueurs se retrouvent entre eux après des journées dans un monde "bruyant". C’est bien plus qu’une discipline, c’est une communauté qui vient se retrouver sur les parquets. L’esprit d’équipe est très fort.

Pourquoi limiter la participation des entendants ?

Chrystel Bernou : Historiquement, les sourds et malentendants ne se considèrent pas comme handicapés, mais comme porteurs d’une singularité. Leur plaisir réside dans le fait de jouer entre eux. Cependant, nous avons lancé cette année une Coupe de France inclusive, où deux entendants (avec bouchons d’oreille) peuvent intégrer une équipe. Une première qui marque une ouverture progressive.

Comment sont classées les Équipes de France féminines et masculine ?

Chrystel Bernou : Les hommes sont 4ᵉ mondiaux, derrière l’Ukraine, la Turquie et, l’Italie. L'Équipe de France masculine a terminé 5e des Deaflympics (ndlr : les Jeux Olympiques des sourds et malentendants). C’est une déception car nous visions mieux. Mais c'est aussi, tout simplement, notre place actuellement. Notre objectif est de rentrer dans le top 3. Nos joueurs, souvent issus du volley valide, tirent le niveau vers le haut. La double licence est d’ailleurs encouragée : jouer en valide et en sourd permet de progresser. Les femmes sont au 11ᵉ rang mondial, mais nous avons lancé un projet ambitieux : détecter et former des jeunes pour préparer le Championnat d’Europe 2027. Le niveau est en hausse, mais le recrutement reste difficile. Les joueuses sourdes sont moins nombreuses, du fait d’un niveau international très élevé. La compétition internationale est féroce.

Qu’avez-vous mis en place pour parvenir à ces objectifs ?

Chrystel Bernou : Nous incitons à la détection dans les clubs en valorisant la discipline et nous misons sur des stages. Nous voulons créer une dynamique pour attirer de nouvelles joueuses.

Si le Volley Sourd montre une très grande proximité de règles et de jeu avec le volley « normal », le Volley Assis, lui, est une discipline très particulière, très spectaculaire. Est-il vraiment accessible à tous ?

Chrystel Bernou : Mais oui et c’est ce qui en fait sa force ! Les valides représentent d’ailleurs 300 des 400 licenciés de Volley Assis. Leur participation enrichit la discipline et permet de créer des passerelles avec le volley classique. C’est un accélérateur d’inclusion ! Le terrain est plus petit, le filet plus bas, et le jeu beaucoup plus rapide qu’en volley classique. Les échanges sont intenses, les trajectoires plongeantes. Un joueur de Volley Assis développe des réflexes précieux : anticipation, placement, amplitude. Pour toutes ces raisons, c’est un excellent outil d’initiation dans les écoles de volley.

Quels sont les niveaux des Équipes de France de Volley Assis ?

Chrystel Bernou : Les hommes sont 16ᵉ mondiaux, les femmes 12e. Notre objectif et source de motivation est la qualification pour les Jeux Paralympiques de Los Angeles en 2028. Des objectifs difficiles, mais pas impossibles. Nous misons sur une stratégie de long terme : former des joueurs, structurer les sections et viser les podiums en compétitions européennes. Chez les femmes, nous avons dans cette optique créé en premier un championnat féminin 6x6, avant un championnat masculin 6x6 – une singularité mondiale. Une innovation qui attire l’attention. Nous souhaitons organiser aussi une Coupe de France féminine, ce qui serait une première. Il faut fédérer plus de joueuses et monter en puissance.

Pourquoi avez-vous créé un championnat de Volley Assis féminin 6x6 avant le masculin ?

Chrystel Bernou : Parce que cela correspondait mieux à notre réalité terrain. Le championnat mixte à hauteur de filet masculine désavantageant les féminines, un championnat féminin était utile à développer. Aujourd’hui, nous avons 35 sections labellisées et une cinquantaine de clubs proposant des initiations. Le maillage se densifie, mais il reste du chemin.

Comment attirez-vous de nouveaux joueurs ?

Chrystel Bernou : Le recrutement est notre plus grand défi. Les personnes en situation de handicap ont souvent le choix entre plusieurs sports. Nous nous sommes assigné une triple mission : d’abord, détecter en proposant des stages, des partenariats avec les clubs. Ensuite, intégrer en développant et valorisant nos actions de mixité valides/handicapés. Enfin, former des encadrants, notamment en recrutant de bons entraîneurs de volley classique qui peuvent facilement s’adapter au Volley Assis.

De quelles ressources disposez-vous pour développer ces disciplines ?

Chrystel Bernou : Nous dépendons de subventions ministérielles, de ressources fédérales, et de partenariats comme celui que nous avons signé avec le Crédit Mutuel ou Accuracy qui sont essentiels pour notre développement. Mais nous sommes encore loin d’un modèle professionnel. Les entraîneurs sont souvent bénévoles ou mis à disposition par leur club ou auto-entrepreneur. Notre rêve ? Pérenniser les moyens pour offrir aux athlètes des conditions dignes de leur engagement. Nous devons devenir séduisants pour tous les para-athlètes et les convaincre de rejoindre nos équipes, ce qui n’est pas évidement. Certains préfèrent s’engager dans d’autres disciplines qui, le croient-ils, leur permettront de briller plus rapidement à très haut niveau. Ce qui peut être illusoire. Nos disciplines de Para-Volley sont en développement, en croissance, nos Equipes de France construisent. L’avenir nous appartient et il y a de belles histoires à écrire avec nous !

Quels sont les grands rendez-vous à venir pour les Équipes de France ?

Chrystel Bernou : En Volley Sourd, que ce soit pour les masculins ou les féminines, un nouveau cycle commence avec une année blanche en 2026. Elle va nous servir à détecter et recruter de nouveaux profils. Puis il y aura les Championnats d'Europe en 2027, le Championnat du monde 2028 et les Deaflympics en 2029 – ils ont toujours lieu l’année qui suit les Jeux. La qualification s’y fait par rapport au classement continental et mondial. Dix équipes seulement peuvent y participer. En Volley Assis, nous sommes à la recherche de points pour grimper au classement mondial et gagner le droit d’être l’une des huit équipes nationales à disputer les Jeux Paralympiques 2028. Pour nous qualifier, nous devons participer au tournoi de qualification paralympique lors duquel un dernier ticket sera attribué. Et pour participer à ce tournois de qualification paralympique, il faut que nous obtenions d’excellents résultats dans un maximum de compétitions internationales (Championnat d'Europe, Championnat du monde, Coupe du monde). Donc la barre est placée très haut. Premier de ces gros rendez-vous : les Championnats du monde en Chine en juillet prochain. L’Équipe de France féminine s’est déjà qualifiée pour y participer. Pour l'équipe masculine, nous sommes en attente d'une bonne nouvelle, d'un repêchage…

Si le bon génie de la lampe apparaît devant vous, que lui demandez-vous ?

Chrystel Bernou : Pour le Volley Assis, une qualification aux Jeux Paralympiques de 2028. Pour le Volley Sourd, une médaille aux Deaflympics. Et, surtout, un grand élan de développement des pratiques de nos disciplines chez les jeunes et les femmes. Le Para-Volley n’est pas qu’une discipline, c’est une aventure humaine et nous en écrivons chaque jour une nouvelle page. Le Para-Volley prouve que le sport peut dépasser toutes les limites. Nous partons de loin. Mais avec passion, persévérance et inclusivité, nous avançons. Et chaque pas compte !

Volley Sourd et Volley Assis d’un coup d’œil

Volley Sourd  :

  • 150 licenciés, 10 sections actives ;
  • classement mondial de l’Équipe de France Femmes : 11e, Hommes : 4e ;
  • Pour en savoir plus, deux liens internet :

Volley Sourd sur le site fédéral

Volley Sourd, le site dédié

 

Volley Assis  :

  • 400 licenciés, 55 sections actives ;
  • classement mondial de l’Équipe de France Femmes : 12e, Hommes : 16e ;
  • Pour en savoir plus, deux liens internet :

Volley Assis sur le site fédéral

Volley Assis, le site dédié